Massif de Tabe – 23 au 25 février 2018

Préambule

Massif de Tabe - nivologie

BRA Massif de Tabe fin février 2018

Il neige, il neige, il neige. Beaucoup. Pendant la semaine qui précède notre sortie, les chutes sont importantes voire très importantes. Et pour les accompagner, un vent fort est présent en altitude ; il va souffler les crêtes, créer des corniches et accumuler la neige ; les conditions sont présentes pour amener Météo France à monter le niveau de risque avalanche à 5.

Massif de Tabe - pente 30°

Massif de Tabe - pente 30°

Avec les températures qui restent clémentes, le risque va diminuer de jour en jour pour descendre à 3 à partir de la journée de vendredi qui est le jour où nous souhaitons démarrer notre week-end.
La prudence est donc de mise malgré tout et comme notre forme physique n'est pas encore bonne, on va chercher une cabane pas trop élevée dans un secteur protégé. Le choix se porte naturellement sur le refuge du Pla de Tabe car la montée est toujours hors pente à plus de 30° et le dénivelé de 750 mètres environ reste faible. Ce dernier point va s'avérer important car la montée, bien que superbe dans ces conditions de neige, va être pénible par moment. C'est un secteur que nous pratiquons régulièrement en cette saison : voir cet article sur l'ambiance au massif de Tabe ou celui-ci sur le Nouvel An 2018.
Avant de partir nous signalons à la gendarmerie la présence pour trois jours de notre voiture en sortie de Cazenave afin que personne ne s'inquiète.

L’organisation

Partir trois jours en cabane s'organise simplement mais il ne faut rien négliger concernant la sécurité. La météo annonce du beau temps pour le week-end, c'est déjà un bon premier point : il n'est pas besoin d'anticiper une journée de nourriture en plus.

Les repas

Les repas sont classiques en ce qui nous concerne.

Petit déjeuner : du Spordej, un paquet de Belvita, une compote, un café pour Nathalie et un isostar pour moi
Déjeuner : deux ou trois tranches de pain, 50 grammes de charcuterie chacun, du fromage (un quart de camembert ou équivalent) ; Joulua prend une demi ration de croquettes
Goûter : un flan, une gaufre ou du quatre quart et une portion de chocolat noir
Dîner : soupe plus pâtes chinoises (sans les aromates qui assèchent la bouche), flan et quatre quart ; Joulua prend une grosse portion de croquettes

La bonne surprise du refuge du Pla de Tabe sera la présence d'eau au niveau de la cabane. En effet, le robinet et toute la canalisation sont bien protégés et ne gèlent pas.

La sécurité

Pour la partie sécurité, on a toujours sur nous la trousse à pharmacie complète (hors aspi-venin, inutile en cette saison). Pour le risque avalanche, même si le secteur où nous allons passer est peu propice à ces phénomènes, nous avons le triptyque DVA, pelle et sonde ; dans ces conditions de fortes précipitations et de vent, même si le risque est limité, localement il est possible d'avoir un risque plus fort rendant obligatoire les éléments de secours et détection. Nous verrons plus loin, que c'était bien nécessaire. Dernier point à avoir avec soi, ce sont les numéros des secours, a minima le numéro de la gendarmerie ; il ne faut pas oublier aussi que les SMS peuvent parfois être envoyé alors que l'on n'arrive pas à passer un appel.

Se chauffer et  dormir

Bois de la Bernière

Les températures annoncées sont froides et avec le cumul de neige, nous ne savons pas si nous pourrons trouver du bois pour faire du feu. Nous prenons donc les duvets intermédiaires qui, même anciens, sont toujours très efficaces jusqu'à moins 10°C voire plus froid. En ce qui concerne le bois, tout va bien se passer même si l'esprit de ravitaillement des cabanes n'est pas toujours présent.

Nous sommes donc prêts à partir. Vous nous suivez ? C'est parti.

Vendredi, en mode sangliers solitaires

Le départ de la randonnée se fait depuis le village de Cazenave-Serres-et-Allens. Il y a un peu de place pour se garer en sortie de village dans la direction de Senconac ou Appy. Une fois les affaires prêtes, on revient en arrière pour monter à droite dans le chemin qui revient au village. Un panneau indicateur avec le balisage jaune montre la direction.

Ce balisage jaune est à suivre au départ mais n'est pas celui qui va guider les pas jusqu'au refuge. Nous avons rapidement la neige mais les raquettes restent sur le sac car le sol est à peine plus que saupoudré.

Bois de la Bernière

La piste forestière balisée jaune s'élève dans la forêt avant d'arriver au croisement marqué par un assez gros cairn sur la droite qui commence à disparaître sous la neige. A partir d'ici, connaître le sentier est un plus même si de vieilles marques de trail en rose fluo le jalonnent. Vous allez comprendre pourquoi.

Bois de la Bernière

Après un peu plus de trois cents mètres de montée, la neige devient suffisante pour que les raquettes soient utiles. Nous les chaussons à proximité d'un assez long bois de noisetiers ; sous le poids de la neige les branches ont ployé et rejoignent le sol et la glace dans laquelle elles sont ancrées. Cela crée un entrelacs de branches et de troncs difficilement pénétrables. Il ne reste plus qu'à les éviter en passant à côté, en soulevant les branches quand c'est possible, en se baissant ou en passant par dessus (avec un sac de trois jours hivernaux sur le dos) ; bref, la progression est lente, très lente et consommatrice d'énergie.

Bois de la Bernière et rivière de la Sécaille

Nous sortons de ce bois pour continuer dans une forêts de hêtres ou de charmes plus propice à une progression normale. Les difficultés reprennent au niveau du pont en dur sur le ruisseau de la Sécaille. La progression ralentit mais c'est tellement beau que l'effort passerait presque (je dis bien presque) inaperçu.

Nous arrivons à la cabane sans avoir vu une seule trace en dehors de celles des lièvres ou mouflons. Nous nous installons pour manger avec le plaisir de voir que l'eau coule au robinet mais avec le regret de voir que des personnes ont profité du bois sec (c'est normal) sans ramener d'autre branches pour les suivants (ce qui l'est beaucoup moins). Avec l'épaisseur de neige, nous n'avons pas vu de bois mort en montant (même s'il y en a, bien évidemment, mais où ?) et nous devrons nous contenter de ce que nous avions ravitaillé il y a quelques semaines pour nous faire une flambée chaque soir. Il reste encore du bois pour les suivants sous le lit, suffisamment en cas de gros problèmes. Il est dommage que l'esprit montagne n'anime pas tout le monde. Bon, on ne va pas s'énerver, nous sommes venus chercher le repos.

L'arrivée est proche


Sur la route pastorale


Sur la route pastorale

Nous en profitons pour faire une bonne sieste dans la fraîcheur de la cabane avant de partir nous promener pour faire des photos et ramener des sons sur la piste pastorale qui aboutit à la cabane.

Le spectacle est magnifique même si les arbres doivent souffrir sous le poids de la neige.

Sur la route pastorale

Le temps commence à se couvrir et de la brume se forme offrant des lumières douces et tamisées en laissant le soleil juste percer la couche nuageuse. En rentrant à la cabane, un renard s'enfuit rapidement vers les bois, surpris par cette présence humaine qu'il n'avait pas anticipée.

Sur la route pastorale


Cheminée du refuge du Pla de Tabe

Le coucher de soleil est accompagné par un froid qui devient mordant et la flambée du soir avec une bonne soupe nous réchauffent doucement avant de rejoindre Morphée enfouis dans nos duvets et Joulua sous son manteau pour la nuit.

L'eau gèle rapidement dans son écuelle et je préfère la protéger pour passer la nuit.

 

 

 

 

 

 

 

Coucher de soleil depuis le refuge du Pla de Tabe

Samedi, le bonheur

L'objectif du jour est simple : faire une boucle en crête passant par le pic de l'Estagnole avec le retour par la piste.

Raquettes aux pieds, nous partons vers neuf heures sous un grand soleil qui va nous accompagner toute la journée.

Refuge du Pla de Tabe

Le départ se fait derrière la cabane pour rejoindre la crête qui part vers l'Est. Nous la suivons en profitant des points de vue soit vers la cabane lorsque nous la surplombons, soit vers la vallée au loin. La neige nous porte bien et pour monter tranquillement, nous faisons de grands S.

Pic de l'Estagnole

Avec le froid de la nuit, la neige est dure et craque sous les crampons des raquettes ; on rencontre toutefois des plaques de neige froide non transformée en poudreuse légère qui a été transportée par le vent. La montée est vraiment intéressante pour la vue dégagée à presque 360° qu'elle procure à tout moment. Nous en profitons un maximum car l'air est pur, dégagé sur des kilomètres. Nous ne voyons toujours pas de traces humaines ni de silhouettes se dégager sur la crête montant au Mont Fourcat. Nous sommes seuls au monde, dans notre monde.

Le pic de l'Estagnole s'approche avec ses habituels piquets de délimitation d'estives. Le vent a déposé et sculpté la neige glacée et il est toujours impressionnant de voir ces concrétions naturelles s'accrocher à ces supports parfois aussi petits qu'un câble entre deux poteaux.

Corniche avant le pic

Arriver au sommet de l'Estagnole ne présente aucun difficulté. C'est la suite qui va nécessiter un peu d'attention. En effet, la descente en direction du pic du Han ne peut se faire qu'en crête, les pentes des deux côtés étant trop fortes pour rester stables ; en crampon, il aurait peut-être été possible de le faire en se décalant légèrement mais connaissant bien le secteur, je pense que la couche de neige est très importante par ici et on se serait enfoncé profondément.

Trace depuis le Pic de l'Estagnole

Deux passages de moins de trente mètres nécessitent que nous passions l'un après l'autre en décalé car on ne dispose que d'une grosse largeur de raquette pour marcher sur le fil de la crête avec une pente qui s'accentue par rapport à la moyenne. Toutefois la neige est excellente : elle se tasse bien progressivement et ne s'échappe pas permettant de créer de bonnes marches stables. Une fois les deux passages terminés, nous retrouvons des conditions très similaires à la montée dans un décor toujours somptueux.

Pic de l'Estagnole et Mont Froucat

Une fois au-dessus du col du Han vers lequel nous ne descendons pas, on bifurque sur la crête Sud qui descend vers le cap de la Lesse d'Appy puis rejoint le roc de la Lauzate.

Pic du Han en bout de crête

Pic du Han en bout de crête


Corniche et Pic du Han en fond

L'effet du vent passé se fait sentir. En effet, les raquettes accrochent à peine la fine couche de glace que le vent n'a pas pu chasser et tout le long de la pente Est, des corniches parfois imposantes ne nous invitent pas à nous en approcher. Certaines portions font plus de trois mètres de large et leur délimitation au sol est difficile à trouver.

Jasse de l'Estagnolette

On reste prudemment à quelques mètres en attendant d'atteindre le roc pour s'approcher et voir la Jasse de l'Estagnolette.

Enfin, les premières traces humaines en bas en direction du pic du Han par sa crête Sud. Je ne vois pas de traces plus haut ; y sont-ils allés ?

En tout cas, pour monter sur ce sommet, piolet et crampons sont obligatoires, encore plus avec la vague de froid attendue dans les prochains jours.

Pic du Han en bout de crête

Pic du Han en bout de crête


Sur la route pastorale

Nous nous approchons de la piste pastorale mais avant de la rejoindre nous profitons du grand soleil et de la chaleur ambiante pour s'arrêter manger. Nous sommes bien, toujours tous seuls avec en bas en vallée les voitures qui passent mais si loin, que le son ne nous parvient pas. Le calme de la montagne !

Avant d'arriver à la piste pastorale qui mène au refuge, nous empruntons la petite piste qui monte à la cabane de l'Estagnole (fermée en toute saison), derrière nous ; au bord de celle-ci, avec la chaleur qui est montée rapidement, la glace se détache des arbres et produit des craquements et bruissement en rebondissant de branche en branche.

La neige au sol devient lourde, très lourde et les raquettes bottent fortement jusqu'à ce que nous retrouvions nos traces de la veille en serpentant au travers de la forêt au gré de la piste. De retour à la cabane, et voilà, la boucle est bouclée.

La fin de journée est classique : sieste au retour, goûter, flambée et repas puis une bonne nuit.

Coucher de soleil depuis le refuge du Pla de Tabe

Dimanche, le retour

Refuge du Pla de Tabe

Après avoir tout bien remis en place et nettoyé la cabane, nous rentrons par le même chemin.

Notre passage à l'aller et les températures clémentes des deux jours ont bien dégagé le sentier qui est devenu praticable.

La descente dans les bois avec la lumière du matin est magnifique, toujours aussi calme et reposante.

Descente dans le bois de la Bernière

Voilà un bon week-end de passé.

Traces GPX
Cartes IGN

Album Flickr

 

Signature Stéphan Peccini

 

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